Lisa Collé : « le plus difficile, c'est le financier »

Elle savait à 5 ans qu'elle ne ferait que ça. Vingt ans plus tard, Lisa Collé vit de sa musique. Elle raconte son parcours, sa façon de composer et l'obstacle que connaissent tous les indés.

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Lisa Collé, chanteuse-guitariste, en concert guitare-voix sur une petite scène

Lisa Collé chante depuis qu'elle a 4 ans. À 5 ans, elle savait déjà qu'elle ne ferait que ça, et elle n'a jamais envisagé autre chose. Aujourd'hui, elle vit de sa musique. Le chemin pour y arriver, lui, n'a rien eu d'une évidence.

Temps de lecture : 5 min | Thématique : Portrait d'artiste


TL;DR Lisa Collé est une chanteuse-guitariste indépendante qui compose en français et en espagnol autour d'un thème central, le lien aux autres. Baignée dans la musique depuis l'enfance, devenue intermittente à 23 ans, elle a tout autofinancé. Dans son parcours, la difficulté n'a jamais été de créer, mais de gagner assez pour s'en laisser le temps. Son témoignage éclaire une réalité que partagent la plupart des musiciens indépendants.


Une enfance qui se passe en musique

Lisa grandit littéralement dans la musique. Dans notre entretien vidéo, elle décrit une mère chanteuse et guitariste de variété française, et un beau-père violoniste de musique arabo-andalouse, qui a étudié en Algérie avant d'arriver en France. Les deux se rencontrent dans un hôtel, et c'est là, enfant, que Lisa passe ses soirées à les écouter jouer. D'un côté, elle entend Piaf et les grands auteurs de la chanson française ; de l'autre, elle découvre les répertoires de l'Orient.

Sa mère animait aussi des ateliers d'éveil musical, où la petite Lisa traînait à toutes les heures. À 5 ans, la décision est déjà prise, même si elle ne la formule pas comme une décision. Pour elle, c'était simplement certain.

Une formation construite pièce par pièce

Lisa n'a pas connu le conservatoire dès le plus jeune âge. Elle entre dans une école de quartier à 16 ans, après un déménagement dans le sud, et y reste un an : un peu de chant, un peu de solfège. Vient ensuite un bac général option musique dont le fil rouge, cette année-là, mêle le jazz et l'Orient. Cela a durablement orienté son oreille.

Après le bac, elle passe une année au Jam, l'école de jazz de Montpellier, puis monte à Paris pour intégrer l'American School of Modern Music. En parallèle, elle écrit, compose, se forme seule au chant et à la guitare. Si tu construis ton parcours de la même manière, par bouts et sans ligne droite, son histoire montre que ça n'empêche pas d'en vivre un jour.

Composer, c'est tenir une émotion

Le processus de Lisa tient dans une phrase qu'elle répète : elle exprime ses émotions. Ce n'est pas une formule, c'est plutôt une mécanique précise. Une sensation l'habite, parfois positive, parfois négative. Elle prend sa guitare, et la mélodie retrace le chemin de cette émotion, note après note, groupe de notes après groupe de notes, là où ça sonne juste à l'intérieur.

Elle décrit ses chansons comme des objets. Une fois la mélodie trouvée, l'émotion prend une forme qu'elle peut tenir, porter, mieux vivre, et surtout transmettre. Elle a même une règle : si elle ne se souvient pas du morceau le lendemain, elle ne le garde pas. La mémoire fait le tri.

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Le piège du « trop »

Lisa reconnaît un défaut, l'envie d'en faire trop. Elle a longtemps multiplié les arrangements très jazz, très complexes, pour aller chercher une forme de modernité, au risque d'étouffer le sens de ses compositions. Son premier projet tournait d'ailleurs autour de l'idée de vérité, et elle admet en souriant ne pas avoir été si vraie que ça à l'époque.

Le retour au brut, guitare-voix, lui a permis de retrouver cette sincérité. Elle n'a pas renoncé aux arrangements pour autant, parce qu'elle aime ça et qu'elle les construit avec ses musiciens. Elle travaille à l'oral, sans partition : elle transmet la mélodie, son guitariste propose des rythmes, le contrebassiste ajoute des harmonies, la flûtiste répond. Un batteur venu du métal et du rock a même apporté quelque chose de plus lisse, presque hip-hop, sur des morceaux jalonnés de mesures impaires. Si tu portes un projet seul tout en jouant en groupe, ce va-et-vient entre ta voix et celle des autres est un équilibre à trouver, pas un acquis.

Le vrai obstacle, c'est l'argent, pas la musique

C'est le point sur lequel Lisa est la plus directe. Depuis ses 16 ans, elle s'est débrouillée seule, sans aucun soutien financier. Elle a décroché le statut d'intermittente vers 23 ans, mais difficilement, et il faut le tenir : des mails, des démarches...

Longtemps, elle a vécu avec très peu, parce que faire de la musique passait avant tout le reste. Ça tient un temps. Autour de 25 ans, ça ne suffit plus. Le plus dur, dit-elle, c'est le financier, et l'obligation d'avoir un travail à côté qui grignote le temps de composer. Si tu joues une à deux fois par mois dans des bars et des petites salles, tu connais sans doute cette équation : le temps pour ton art se paie souvent au prix d'un autre boulot.

Faire d'un concert un geste qui dépasse la salle

Lisa se présente comme quelqu'un de très sceptique, qui vérifie tout avant de s'engager. C'est avec cette réserve qu'elle a testé BeeWyze pour un concert, en février. Ce qui l'a convaincue à 80 %, dit-elle, c'est la présence d'une association : pouvoir associer son live à une cause qui la touche, ici la lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes, et la pauvreté.

Le principe l'a d'abord surprise. Pendant le concert, le public donne via un QR code. Ces dons sont ensuite abondés par des entreprises qui décident de soutenir tel artiste et telle cause, et l'association partenaire reçoit sa part. Lisa décrit une vraie considération de l'artiste : elle reçoit cet argent après avoir travaillé et performé, et elle voit l'élan se prolonger bien après le concert, jusqu'à des gens qui n'étaient même pas dans la salle. L'inscription, qu'elle redoutait chronophage, lui a pris quelques minutes, sa seule difficulté ayant été de réunir les adresses mail de ses musiciens. Pour elle, l'appel au don a même servi le concert : des pauses pour relancer ses morceaux, recréer du lien avec le public entre deux compositions plus dures. Elle dit vouloir le refaire pour tous ses concerts, sans limite.

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